Fin des promotions
“un produit acheté/un produit offert”, meilleure rémunération des agriculteurs, hausse des prix… Après des mois de concertations, le premier volet de loi Alimentation
arrive devant les députés. Et elle fait déjà débat. “Aujourd’hui, il faut quand même
se l’avouer : la grande surface prend plus de
20% de la marge sur un produit, alors qu’elle ne fait que commercialiser. ” La guerre des prix, c’est celle que se livrent
depuis des années les grandes enseignes pour
offrir à leurs clients, des produits,
le moins cher possible. Pour arriver à leurs fins, les distributeurs fixent eux-mêmes
des prix bas aux fabricants, qui, pour payer le moins cher possible
et préserver leurs marges, mettent la pression aux producteurs, qui eux… bah sont obligés de vendre
encore moins cher. Et cette guerre peut avoir des
conséquences inattendues. Comme, par exemple, la pénurie de beurre que la France
a connu fin 2017. Ces dernières années, la demande
de beurre a explosé, notamment dans les pays émergents, et son prix à la tonne a triplé entre
mai 2016 et octobre 2017. Mais, les grandes enseignes françaises, elles, ont préféré continuer à vendre aux
consommateur le beurre, au même prix. Résultat : les fabricants français ont préféré
vendre leurs produits, plus chers, sur les marchés étrangers. Et il n’y avait plus de beurre
dans nos rayons. Le problème c’est donc celui de notre
“souveraineté alimentaire”. C’est-à-dire que la France
doit avoir les moyens de produire et de subvenir
à ses besoins alimentaires. Mais si, pour survivre, nos producteurs
vendent tout ailleurs, on va être obligé d’importer nos produits
de consommation. Et on risque de perdre en qualité. Ah, bah oui. Pour changer les choses Le projet de loi Alimentation propose
d’inverser les négociations. Désormais, ce seront les agriculteurs qui
devraient définir, en amont, le prix de leurs produits en fonction
de leur coûts de production. “Il n’est plus possible aujourd’hui qu’en France, un tiers des agriculteurs gagne
moins de 350 euros par an. Nous devons nous assurer
qu’ils soient rémunérés au juste prix de leur travail.” Ok, mais comment ? Par exemple, en relevant de 10% le seuil de revente à perte
des denrées alimentaires, pendant deux ans… à titre expérimental. En gros, pour l’instant, si une enseigne
achète un produit à 10 euros, elle ne peut pas le revendre à 9. Avec la loi, elle ne pourra pas le
revendre à moins de 11 euros. Il deviendra donc impossible
pour les grandes enseignes, de proposer des promotions
“un produit acheté, un produit offert”. Promotions qui, selon le gouvernement,
dévaluent le produit et le travail derrière. Une bonne nouvelle pour les agriculteurs ? Pas si sûr… “Pour faire simple, les prix vont augmenter
sur tous les produits. Mais cette somme-là,
elle revient aux distributeurs ? Oui. Donc libre à vous de le redistribuer… C’est un peu con non, de faire confiance
à des entreprises ?” C’est pas moi qui le dit. Les agriculteurs ne vont donc pas gagner
grand-chose sur cette augmentation de 10%. Mais plus étonnant : selon certains,
ils pourraient même y perdre. En fait, la théorie, c’est que
si les prix augmentent, les consommateurs risquent d’acheter moins. S’ils achètent moins, le volume
de commandes diminuera. Ce qui réduira automatiquement
la marge des fabricants et donc celle des agriculteurs. Les débats promettent donc d’être agités,
et ça ne fait que commencer. Dans quelques semaines, c’est le second volet
de la loi qui sera examiné. Celui qui traitera, entre autres,
des produits phytosanitaires. Petit teasing : l’interdiction du glyphosate
ne figure plus dans le projet de loi. Et pour pimenter le tout… “Moi les ordonnances, je vais les utiliser
dans mon projet de loi Alimentation.” Voilà, voilà…